Alors que la République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola, un constat préoccupant s’impose dans certaines zones affectées : la résistance d’une partie de la population aux mesures mises en place pour contenir la maladie. Refus des enterrements sécurisés et dignes conformément au protocole sanitaire établi par les autorités de santé, opposition à l’évacuation des malades vers les centres de traitement, perturbation des activités des équipes de riposte et autres actes de défiance continuent de compliquer la lutte contre cette épidémie.
Ces comportements compromettent considérablement les efforts déployés pour interrompre la chaîne de transmission du virus et protéger les populations exposées.
Pour de nombreux observateurs, cette attitude traduit une profonde méfiance envers les autorités sanitaires et les intervenants de première ligne. Dans certaines communautés, des croyances persistantes continuent d’alimenter la défiance. Pour les uns, Ebola ne serait qu’un mythe ou une maladie banalisée dont les symptômes seraient comparables à ceux observés au quotidien. Pour les autres, l’épidémie serait instrumentalisée afin de justifier les financements accordés à la RDC par les partenaires internationaux.
Des perceptions qui, bien que démenties par les faits et les évidences scientifiques, continuent malheureusement d’influencer les comportements de certaines populations.
Pourtant, l’histoire des différentes épidémies à travers le monde montre que le virus prospère là où règnent la peur, les rumeurs et la désinformation. Lorsqu’une population refuse les mesures destinées à limiter la propagation d’une maladie mortelle, elle ne renforce pas sa capacité de résistance ; elle s’expose davantage au danger.
Toutefois, il est important de reconnaître que ces comportements ne naissent pas toujours d’une volonté délibérée de nuire à la riposte. Ils trouvent souvent leur origine dans un déficit d’information, des croyances profondément ancrées ou une communication qui peine parfois à atteindre certaines couches de la population. Lorsque les messages de prévention ne sont ni compris ni appropriés par les communautés, les fausses informations trouvent un terrain favorable et finissent par prendre le dessus sur les recommandations sanitaires.
Au regard de ces réalités, la riposte contre Ebola ne peut être exclusivement médicale. Elle doit également être sociale, culturelle et communicationnelle. Dans cette optique, le ministère de la Santé, à travers l’Institut national de santé publique, multiplie les initiatives de sensibilisation communautaire. Les échanges récemment organisés avec les leaders religieux illustrent cette volonté d’impliquer les acteurs de proximité dans la lutte contre l’épidémie.
Ces efforts méritent toutefois d’être renforcés par des approches plus visuelles et interactives, capables de toucher un public plus large. L’organisation de projections vidéo dans les grands carrefours, les marchés, les gares, les places publiques et autres lieux de rassemblement permettrait de montrer concrètement les modes de transmission de la maladie, les conséquences du non-respect des mesures sanitaires ainsi que l’importance d’une prise en charge précoce.
Face à Ebola, la véritable résilience ne consiste pas à s’opposer aux équipes de riposte ni à rejeter les mesures de prévention. Elle réside plutôt dans la capacité des communautés à s’informer, à collaborer avec les autorités sanitaires et à adopter les comportements qui sauvent des vies. Car protéger la santé collective demeure la meilleure façon de préserver l’avenir de toute une communauté.
Margarita-Rosa Ngoy


