Le passé de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) continue de livrer ses secrets. Invité à s’exprimer sur les dynamiques internes du parti présidentiel, Peter Kazadi, ancien ministre de l’Intérieur et cadre influent de l’UDPS, a fait des révélations fracassantes sur son ancien camarade Jean-Marc Kabund-a-Kabund.
Avec un ton direct, il a affirmé avoir « fabriqué » Kabund, en revendiquant son rôle dans l’ascension de celui qui fut longtemps considéré comme l’homme fort du régime avant sa chute en 2022.
Kazadi a décrit Kabund comme un novice qu’il aurait guidé, allant jusqu’à évoquer des détails vestimentaires : « Il ne savait porter ni la cravate ni la veste, je l’ai aidé ». Mais au-delà de l’anecdote, il a livré une analyse plus profonde : selon lui, Kabund nourrissait une ambition dévorante de prendre définitivement la présidence de l’UDPS, une obsession qui aurait alimenté une « haine viscérale » contre ses camarades et, plus tard, contre le président Félix Tshisekedi.
Ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie de diabolisation de Kabund, désormais opposant et leader de l’Alliance pour le Changement, qui fut incarcéré à la prison de Makala.
Pour Kazadi, la rupture ne date pas de l’accession du parti au pouvoir en 2019, mais remonte aux années de clandestinité sous Joseph Kabila, où Kabund aurait déjà manifesté une ambition jugée excessive.
De son côté, Jean-Marc Kabund a livré sa propre version des faits. Lors d’un space public animé par le journaliste Stanis Bujakera sur la plateforme X, il est revenu sur l’incident de janvier 2022 qu’il considère comme le point de départ de sa rupture avec le pouvoir.
Selon lui, un différend impliquant son cortège et un proche de la famille présidentielle aurait dégénéré, entraînant une réaction disproportionnée des autorités. Kabund a affirmé que plus de 500 éléments de la Garde républicaine avaient été déployés autour de sa résidence, une intervention qu’il qualifie de « force brute » contraire aux procédures légales.
Pour l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale, cet épisode illustre une dérive autoritaire du régime. « Envoyer plus de 500 éléments de la Garde républicaine pour assiéger un quartier, vandaliser ma maison, c’est digne d’un État qui n’existe pas », a-t-il dénoncé.
Ce double récit – celui de Kazadi qui se présente comme le mentor trahi, et celui de Kabund qui se dit victime d’un abus de pouvoir – met en lumière la profondeur des fractures au sein de l’UDPS et du cercle présidentiel. Il confirme la violence des guerres intestines qui secouent la scène politique congolaise et relance le débat sur la nature des alliances et des ruptures au sommet de l’État.
J-P Djoko


