Aimé Francis Lolinga N’kwako : « Il n’y a rien au monde qu’on ne puisse changer, et la Constitution en fait partie »

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C’est avec cette conviction affirmée qu’Aimé Francis Lolinga N’kwako, bourgmestre de la commune de Ngaba et militant de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), a défendu l’idée d’une révision, voire d’un changement de la Constitution de la République démocratique du Congo au sein de la coalition C4.

« Cette Constitution doit être modifiée, sinon elle doit être changée. Je pense qu’il y a tellement de choses à revoir que, même si l’on commence par une révision, on finira par un changement », a-t-il déclaré.

Interrogé sur la logique politique qui sous-tend cette réforme constitutionnelle, Aimé Francis Lolinga a rejeté l’idée selon laquelle celle-ci viserait uniquement à ouvrir la voie à un troisième mandat du Chef de l’État.

« Moi, je suis dans la logique d’examiner chaque article et ce qu’il apporte concrètement. Le reste appartient à la population, qui décidera s’il faut ou non accorder un troisième mandat au Chef de l’État, comme celui-ci l’a d’ailleurs évoqué lors de sa récente conférence de presse », a-t-il affirmé.

Justifiant son adhésion à la coalition C4, le bourgmestre de Ngaba a plaidé pour une relecture approfondie de la Constitution congolaise afin de l’adapter aux réalités actuelles du pays et de répondre à certaines difficultés qui freinent son développement.

Parmi les réformes qu’il juge nécessaires figure la question de la nationalité congolaise. Selon lui, celle-ci devrait devenir inaliénable, afin de permettre aux Congolais ayant acquis une nationalité étrangère de conserver leur nationalité d’origine lorsque l’un de leurs parents est congolais.

Dans un monde de plus en plus ouvert et compétitif, il a indiqué qu’il n’est plus pertinent que l’interprétation actuelle de la Constitution, fondée sur le principe d’une nationalité « une et exclusive » conformément à l’article de la C, conduise à la perte de la nationalité congolaise. Une telle situation, soutient-il, prive le pays de nombreuses compétences acquises à l’étranger et susceptibles de contribuer au développement national.

Le bourgmestre a également insisté sur les enjeux de gouvernance et de répartition des ressources publiques. S’il reconnaît l’augmentation du budget national, passé d’environ 4 à 18 milliards de dollars, il a estimé toutefois que les moyens demeurent insuffisants.

Dans cette perspective, il a critiqué le fonctionnement de certaines institutions décentralisées, notamment les assemblées provinciales et communales, qu’il considère comme particulièrement coûteuses sans produire les résultats attendus en matière de développement.

Pour Aimé Francis Lolinga, le découpage territorial constitue également une problématique majeure. Il a souligné que certaines provinces souffrent d’un déficit important en infrastructures administratives et institutionnelles. « Ce découpage a été mal conçu tout simplement parce qu’on a voulu saucissonner le pays », a-t-il déclaré.

À titre d’exemple, il a évoqué l’ancien Katanga, aujourd’hui réparti entre plusieurs provinces. Selon lui, alors que le Lualaba dispose d’importantes ressources lui permettant de financer son développement, d’autres entités issues du même espace géographique ne bénéficient pas de la même dynamique économique.

L’autorité communale a par ailleurs signalé que la question des avantages accordés aux sénateurs à vie mérite une réflexion approfondie. Il juge ces charges financières particulièrement élevées, dans un contexte où les responsables politiques en fonction bénéficient déjà d’importantes rémunérations. Il a souligné également que des anciens Premiers ministres continuent de bénéficier d’une prise en charge de l’État.

Renforcer les prérogatives du Président de la République

Abordant l’architecture institutionnelle du pays, Aimé Francis Lolinga a plaidé pour un renforcement des pouvoirs du Président de la République.
Selon lui, le Chef de l’État assume d’importantes responsabilités sans disposer de tous les leviers nécessaires pour assurer l’exécution effective de ses décisions. « Il a presque le même pouvoir que moi qui suis bourgmestre », a-t-il soutenu.
Pour illustrer son propos, il a expliqué que le Président de la République doit souvent passer par le gouvernement et les ministres pour mettre en œuvre ses orientations. Une situation qui, selon lui, peut ralentir l’action publique lorsque certains responsables administratifs ou politiques tardent à exécuter les décisions prises au sommet de l’État.
Prenant l’exemple de la fermeture des ports clandestins, il a raconté qu’une telle mesure ne dépend pas uniquement d’une décision présidentielle, mais nécessite l’intervention du ministre compétent. Dès lors, si ce dernier ne s’exécute pas, la décision risque de rester lettre morte.
À la question de savoir s’il faudrait supprimer le poste de Premier ministre, le bourgmestre de Ngaba a répondu qu’il n’était pas opposé au maintien de cette fonction. Il a préconisé toutefois une meilleure répartition des responsabilités afin d’éviter que certaines lourdeurs institutionnelles ne paralysent l’action du Président de la République.
Concernant l’éventualité d’un référendum constitutionnel, Aimé Francis Lolinga a affirmé mener régulièrement des actions de sensibilisation auprès des habitants de sa commune.
A l’en croire, la population se répartit en plusieurs catégories : ceux qui soutiennent l’initiative, ceux qui demeurent indifférents en raison des préoccupations liées à leur survie quotidienne, et ceux qui ne disposent pas encore d’informations suffisantes sur le sujet.
Pour convaincre, il mise sur la sensibilisation, en insistant sur le fait que le débat autour de la Constitution ne doit pas être réduit à la seule question d’un éventuel troisième mandat présidentiel.

Réagissant aux critiques formulées par certains acteurs politiques, il a soutenu que la démarche actuelle se distingue des débats du passé.
« L’objectif est que cela se fasse en dehors de la période électorale », a-t-il expliqué, afin de favoriser une réflexion sereine plutôt que des prises de position dictées par les enjeux électoraux.
Il a attesté également que la souveraineté appartient au peuple et que toute décision issue d’un vote populaire devra être respectée. Si les citoyens rejetaient une réforme constitutionnelle, il a articulé qu’il faudrait accepter ce verdict démocratique et poursuivre la gestion du pays dans le cadre de la Constitution en vigueur.

Au service de la commune

Revenant sur son action à la tête de la commune de Ngaba, Aimé Francis Lolinga a évoqué les efforts entrepris dans les domaines de l’assainissement, de l’hygiène publique et de la sécurité.
Il reconnaît toutefois que les progrès administratifs demeurent confrontés à un défi majeur : le changement des mentalités.
Le bourgmestre a notamment souligné les difficultés liées à la gestion et à l’évacuation des déchets. Il plaide pour la mise en place d’infrastructures modernes de tri, de traitement et de valorisation des déchets dans le cadre d’une véritable économie circulaire.
« Sous d’autres cieux, les déchets constituent une matière première », a-t-il rappelé, révélant que le pays pourrait vendre ces déchets et gagner de l’argent.
En conclusion, Aimé Francis Lolinga a réaffirmé sa conviction selon laquelle la Constitution n’est pas un texte immuable. Selon lui, lorsqu’elle devient un obstacle au développement ou à la gouvernance du pays, elle doit pouvoir être révisée ou modifiée.
Pour autant, insiste-t-il, la décision finale appartient au peuple souverain. Si celui-ci venait à rejeter une réforme par voie référendaire, ce choix devrait être pleinement respecté.
À ses yeux, la démocratie ne se limite pas à l’organisation des élections ; elle consiste également à permettre aux citoyens de se prononcer librement et de manière responsable sur les règles fondamentales qui régissent la Nation.

TS

 

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