La journée du mercredi 17 juin 2026 restera particulière dans la mémoire collective des Congolais, tant ceux vivant au pays que ceux établis dans la diaspora. Un seul événement a suffi à bouleverser la hiérarchie de l’actualité nationale : l’entrée en lice des Léopards de la République démocratique du Congo à la Coupe du monde 2026, cinquante-deux ans après leur unique participation au prestigieux tournoi mondial.
Cette soirée exceptionnelle a momentanément relégué au second plan le débat sur le changement ou non de la Constitution. Un sujet pourtant au cœur de l’actualité politique ces dernières semaines, notamment après le sit-in organisé par l’opposition le 12 juin dernier à Kinshasa.
Le match nul (1-1) entre la RDC et le Portugal a été suivi avec passion et enthousiasme sur l’ensemble du territoire national. Dans plusieurs villes du pays, les supporters ont vibré au rythme des exploits des Léopards, partageant les mêmes émotions et le même espoir. À Goma, dans la province du Nord-Kivu, une région en proie à l’insécurité et partiellement occupée par la rébellion de l’AFC/M23, la population n’a pas manqué de célébrer ce résultat encourageant. Des habitants ont notamment entonné l’hymne national congolais, témoignant ainsi de leur attachement à la nation malgré les défis sécuritaires et les inquiétudes liées aux tentatives de fragmentation du pays.
Au-delà du simple spectacle sportif, cette rencontre a démontré une fois de plus que le football constitue un puissant vecteur de cohésion sociale. Aujourd’hui, le ballon rond ne se limite plus aux limites d’un terrain de jeu. Il est devenu un véritable instrument de rapprochement entre les peuples et un outil diplomatique capable de transcender les clivages. Là où la politique tend parfois à diviser, le football rassemble. Pendant quatre-vingt-dix minutes, les Congolais ont partagé les mêmes émotions, les mêmes espoirs et la même fierté nationale.
Incroyable mais vrai : le football a réussi, le temps d’une soirée, à faire oublier la principale pomme de discorde qui anime actuellement les débats au sein de la société congolaise, à savoir la politique. « Comprenez que ce sont les politiciens qui nous divisent. Nous sommes un seul peuple et nous nous aimons. Le match d’aujourd’hui nous l’a encore prouvé », a confié un citoyen à l’issue de la rencontre entre les Léopards de la RDC et la Seleção portugaise.
Cette opinion est largement partagée par de nombreux Congolais qui appellent la classe politique à faire preuve de davantage de patriotisme et de responsabilité. « Le Congo n’a aucune envie d’être divisé. S’il vous plaît, chers politiciens, dépassez vos divergences et préservez notre Congo », a déclaré un autre supporter.
Cette réalité devrait interpeller l’ensemble des acteurs politiques congolais, particulièrement à une période où la cohésion nationale est soumise à de fortes tensions. La principale leçon à retenir est qu’il est possible de faire de la politique sans pour autant opposer les citoyens les uns aux autres. Car au-delà des divergences idéologiques et des ambitions partisanes, le Congo demeure l’héritage commun de tous les Congolais.
E.N


