Un briefing spécial coanimé par Roger Kamba, le Pr Muyembe et Patrick Muyaya
Le gouvernement congolais a dressé, mardi, un état des lieux préoccupant de l’épidémie de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo qui sévit actuellement dans plusieurs provinces du pays. Au cours d’un briefing spécial coanimé par le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Kamba, le virologue Jean-Jacques Muyembe et le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, les autorités ont présenté les dernières données sanitaires ainsi que les mesures déployées pour contenir la propagation du virus.
Selon le ministre Roger Kamba, quatre zones de santé de la province de l’Ituri sont actuellement touchées : Mungwalu, Boga, Rwampara et Nyakunde. Des cas ont également été signalés à Butembo, dans le Nord-Kivu, ainsi qu’à Goma où un cas a été identifié.
32 cas positifs confirmés par l’INRB
Le ministre de la Santé a indiqué que les laboratoires de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) ont déjà analysé plusieurs échantillons, permettant de confirmer 32 cas positifs de la maladie à virus Ebola.
Concernant le bilan humain, Roger Kamba a précisé que les autorités sanitaires recensent à ce jour 136 décès probables liés à l’épidémie. La majorité de ces décès seraient survenus dans les communautés avant toute prise en charge médicale.
« Nous avons environ 69 malades actuellement sous traitement dans nos centres de prise en charge et près de 543 cas probables identifiés dans les communautés depuis le début de l’épidémie », a-t-il déclaré.
Une souche Bundibugyo moins agressive mais dangereuse
Le gouvernement a rappelé que l’épidémie a été officiellement déclarée le 15 mai dernier, après confirmation des analyses effectuées à Kinshasa. Les premiers échantillons, prélevés à Boga, avaient initialement été testés négatifs pour la souche Ebola Zaïre avant que des investigations plus poussées menées par les équipes du Pr Muyembe ne permettent d’identifier la souche Bundibugyo.
Le Pr Jean-Jacques Muyembe a expliqué que cette souche, découverte pour la première fois en 2007 dans le district ougandais de Bundibugyo, présente des symptômes moins spectaculaires que la souche Ebola Zaïre.
« La maladie commence souvent comme une infection classique avec fièvre, maux de tête, vomissements et grande fatigue. Les hémorragies apparaissent parfois plus tardivement », a-t-il expliqué.
Le scientifique congolais a également précisé que le taux de létalité du virus Bundibugyo est inférieur à celui d’Ebola Zaïre. Alors que la souche Zaïre peut dépasser 80 % de mortalité, Bundibugyo présente une létalité estimée autour de 40 %.
Pas encore de vaccin spécifique contre Bundibugyo
Le Pr Muyembe a rappelé que les recherches scientifiques menées en RDC ont principalement concerné la souche Ebola Zaïre, à l’origine de nombreuses épidémies dans le bassin du Congo.
Ces travaux ont permis le développement du traitement Ebanga ainsi que la validation du vaccin RVSV-ZEBOV de Merck utilisé lors des précédentes flambées épidémiques.
En revanche, il a reconnu qu’aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe encore contre la souche Bundibugyo.
« Nous espérons que des candidats vaccins et des molécules thérapeutiques pourront être rapidement expérimentés afin d’améliorer la prise en charge des malades », a-t-il déclaré.
Une riposte renforcée sur le terrain
Face à cette nouvelle flambée, le gouvernement affirme avoir rapidement déployé des équipes et des équipements dans les zones affectées. Roger Kamba a indiqué que 14 tonnes de matériel médical et d’équipements de protection étaient en cours d’acheminement vers Boga avec l’appui de l’UNICEF.
Le ministre a également mis en avant les investissements réalisés dans les laboratoires provinciaux de lutte contre les épidémies.
Micha Kisalasala


