Ebola Bundibugyo : la RDC renforce la riposte avec des traitements et la vaccination

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Trois mois après le début de la riposte contre l’épidémie d’Ebola, la République démocratique du Congo compte un peu plus de 5 000 cas confirmés et près de 2 370 décès, selon le ministre de la Santé publique. Malgré une réponse sanitaire renforcée, le virus Bundibugyo continue de se propager, principalement dans la province de l’Ituri.
Le ministre de la Santé publique hygiène et prévoyance Roger Kamba à fait cette mise au point mardi 18 août, lors d’un briefing co animé avec le ministre d’etat, ministre d’éducation nationale et nouvelle citoyenneté Raissa Malu ainsi que le ministre de Communication et Médias, Patrick Muyaya.
Selon le ministre, l’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie. 85 à 90 % des cas y sont concentrés, principalement dans cinq à six zones de santé qui regroupent à elles seules environ 80 % des cas. Le Nord-Kivu constitue la deuxième province la plus touchée. Des cas ont également été confirmés dans la Tshopo, le Haut-Uele et le Bas-Uele, notamment à Buta.
Au total, 55 zones de santé sont actuellement concernées sur les quelque 140 que comptent les cinq provinces touchées. Toutefois, le ministre a tenu à relativiser l’ampleur géographique de l’épidémie. À l’échelle des aires de santé, qui couvrent chacune environ 10 000 habitants, seulement 8 % sont affectées.

Des traitements en cours d’évaluation

Le ministre a expliqué que la riposte avait initialement été organisée sur la base des connaissances scientifiques disponibles, en l’absence de vaccin et de traitement spécifiquement établi contre le virus Bundibugyo.
Face à l’évolution de l’épidémie, les autorités sanitaires ont toutefois renforcé le volet médical. Le remdesivir et l’anticorps monoclonal MBP134 font notamment l’objet d’essais cliniques destinés à évaluer leur efficacité.
Le premier essai comprend trois groupes de patients : certains reçoivent le remdesivir, d’autres le MBP134 et un troisième groupe reçoit l’association des deux produits. L’étude est menée en double aveugle, avec recours à des placebos, afin de garantir une évaluation scientifique indépendante. Les premiers résultats sont attendus dans les prochaines semaines.
Le ministre a par ailleurs distingué ces essais cliniques du traitement compassionnel. À Kisangani, le remdesivir est déjà administré à certains patients en dehors du cadre de la recherche clinique. Les premières observations jugées encourageantes ont conduit les autorités à solliciter de nouvelles doses pour poursuivre cette prise en charge à Kisangani, mais également à Buta et Isiro.

Un virus différent d’Ebola Zaïre

Le ministre de la Santé a également insisté sur les différences entre le virus Bundibugyo et le virus Ebola Zaïre, responsable de plusieurs précédentes épidémies en RDC.
Selon lui, le Bundibugyo semble se propager plus rapidement, malgré une riposte particulièrement importante. En trois mois, la réponse sanitaire est passée de zéro à près de 20 laboratoires et d’aucun lit dédié à environ 1 600 lits.
Parallèlement, le Bundibugyo serait moins létal que le virus Zaïre. Ses premiers symptômes, notamment les maux de tête, la fièvre et les douleurs abdominales, sont moins caractéristiques d’Ebola. Les hémorragies sont également beaucoup moins fréquentes. Cette présentation clinique pourrait favoriser la circulation du virus au sein des communautés, les malades ne se considérant pas immédiatement comme atteints d’une maladie grave.

Le vaccin contre Ebola Zaïre au cœur d’une nouvelle stratégie

Autre évolution importante de la riposte : l’utilisation du vaccin contre Ebola Zaïre, alors que l’épidémie actuelle est due au virus Bundibugyo.
Le ministre a expliqué que des observations faites sur le terrain ont montré que des personnes précédemment vaccinées contre Ebola Zaïre semblaient soit ne pas développer la maladie, soit présenter des formes moins sévères après exposition au Bundibugyo.
Des travaux menés sur des modèles animaux auraient également montré une meilleure protection chez les sujets vaccinés. Des analyses biologiques ont, en outre, révélé la production d’anticorps contre le Bundibugyo chez des personnes ayant reçu le vaccin contre Ebola Zaïre.
Ces résultats restent à confirmer scientifiquement, mais ils ont conduit les autorités à intégrer le vaccin dans les recherches en cours et à envisager son utilisation dans le cadre d’une vaccination compassionnelle.
Plus de 70 000 doses seraient actuellement disponibles, dont 2 000 doses déjà acheminées à Kisangani pour commencer la vaccination du personnel de santé. Le gouvernement prévoit également d’étendre cette stratégie aux personnels exposés dans les zones touchées.
Appel à la vigilance, mais aussi à la relativisation
Le ministre de la Santé a appelé la population à rester vigilante sans céder à la panique. Il a rappelé que la transparence adoptée par les autorités conduit à considérer qu’un seul cas suffit pour déclarer une zone épidémique.
Concernant Kinshasa, il a précisé qu’aucun cas n’y a été enregistré au cours de l’épidémie actuelle. Depuis l’apparition d’Ebola en RDC en 1976, seulement quelques cas avaient été signalés dans la capitale.
Pour le ministre, la situation exige donc une riposte rigoureuse, tout en évitant de donner l’impression que l’ensemble du pays est touché. L’objectif demeure de contenir la propagation du Bundibugyo grâce à la combinaison des mesures de santé publique, du suivi des contacts, des traitements et désormais de la vaccination.
Micha Kisala sala

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