À Kinshasa, certains qualifient cette attitude de « diplomatie agissante ». Pourtant, la décision du président Félix Tshisekedi d’accorder au président burundais Évariste Ndayishimiye le rôle de facilitateur d’un dialogue inclusif, au détriment de son homologue angolais João Lourenço, suscite des interrogations sur les conséquences diplomatiques de ce choix.
Désigné médiateur de la crise sécuritaire en République démocratique du Congo, João Lourenço a récemment vu ses efforts freinés par des blocages imposés par Kinshasa concernant le format et le calendrier d’un dialogue intercongolais. Ce qui a été refusé à Luanda vient d’être accordé à Bujumbura : sur demande de Ndayishimiye, Tshisekedi a autorisé des consultations avec l’opposition de la coalition Article 64 (C64) et les responsables religieux, le 6 juillet 2026.
Le communiqué publié à l’issue de cette rencontre indique que les parties se sont accordées sur la nécessité d’un dialogue national inclusif, devant intégrer toutes les composantes, y compris l’AFCM23 et l’ancien président Joseph Kabila.
Ce revirement intervient dans un contexte de tensions accrues entre l’opposition et la majorité présidentielle, après l’adoption d’une loi controversée sur le référendum constitutionnel. Pour Tshisekedi, confier cette médiation à son allié burundais apparaît comme une stratégie visant à sécuriser un cadre favorable.
Mais cette décision n’est pas sans conséquences. En contournant João Lourenço, Félix Tshisekedi risque de fragiliser un partenariat stratégique avec l’Angola, puissance militaire et économique incontournable dans la sous-région. Selon des sources diplomatiques, Luanda aurait exprimé sa frustration face à ce désaveu, estimant que son rôle de médiateur est ainsi affaibli.
Alors que la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC exige une cohésion régionale sans faille, cette volte-face pourrait créer un malaise durable entre Kinshasa et Luanda, au moment où la solidarité régionale est plus que jamais nécessaire.
J-P Ebonga


