Le Président Félix-Antoine Tshisekedi donne son feu vert à un contrôle renforcé des ordonnateurs politiques soupçonnés d’intervenir directement dans la gestion des deniers publics. Une nouvelle étape dans la lutte contre la mauvaise gouvernance et l’impunité financière.
La gestion des finances publiques en République démocratique du Congo entre dans une nouvelle phase. Lors du Conseil des ministres du 11 septembre 2026, le Président Félix-Antoine Tshisekedi a réaffirmé son soutien au renforcement du rôle de la Cour des comptes dans le contrôle des ordonnateurs politiques.
Ministres, gouverneurs et autres responsables habilités à engager les dépenses publiques pourraient désormais voir leur responsabilité engagée lorsqu’ils s’immiscent directement dans le maniement des fonds, en dehors des procédures prévues par la législation.
Au cœur de cette nouvelle approche : la notion de « gestion de fait ». Elle permet de rechercher la responsabilité de toute personne qui, sans avoir la qualité de comptable public, intervient directement dans des opérations relevant de ce dernier.
DES IRREGULARITES DANS LE COLLIMATEUR
Les premières vérifications de la Cour des comptes font état de plusieurs pratiques préoccupantes : dépenses sans pièces justificatives, retraits effectués à l’insu des comptables publics, mouvements financiers non enregistrés, reports injustifiés ou encore contournement des comptes dédiés ouverts à la Banque centrale du Congo.
Dans certaines institutions, des ordonnateurs politiques interviendraient directement dans l’exécution des dépenses. Une pratique que Le président de la Cour des comptes Jimmy Munganga qualifie de « presque normale ».
Pour le chef de l’État, cette responsabilisation ne doit cependant pas être perçue comme un frein à l’action gouvernementale. Elle constitue plutôt, selon lui, un outil de bonne gouvernance, de protection des deniers publics et de lutte contre la criminalité financière.
LA FIN D’UNE ZONE DE CONFORT ?
La législation financière établit pourtant une séparation claire entre l’ordonnateur, qui engage et ordonne la dépense, et le comptable public, habilité à manier les fonds.
Dès lors, l’intervention directe d’un responsable politique dans la manipulation des deniers publics pourrait constituer une « gestion de fait » et entraîner sa mise en cause devant la Cour des comptes, conformément aux procédures légales applicables, notamment en matière d’immunités.
Cette évolution pourrait ainsi modifier profondément le paysage du contrôle financier en RDC. La Cour des comptes ne devrait plus seulement avoir les comptables publics et certains mandataires dans son viseur, mais également les responsables politiques impliqués dans des irrégularités de gestion.
Un nouveau message est donc lancé : la responsabilité dans la gestion des deniers publics ne devrait plus s’arrêter aux portes des cabinets politiques.
J-P Djoko
La rédaction


