Budget 2027 : financer l’État ou bâtir la République ?

0
6

Alors que le ministère du Budget vient de lancer la préparation du budget 2027, la République démocratique du Congo s’apprête à répéter son rituel institutionnel : lettres d’orientation, circulaires d’élaboration, conférences budgétaires et arbitrages. Dans quelques mois, un nouveau chiffre sera présenté comme l’expression financière des ambitions nationales. Mais derrière cette mécanique, une question persiste : que transforme réellement l’augmentation du budget ?
UN BUDGET QUI GROSSIT SANS TRANSFORMER
La loi de finances 2026 s’élève à 54.335,7 milliards de francs congolais (environ 22 milliards USD), en progression par rapport à l’exercice précédent. Pourtant, un État ne devient pas plus moderne parce que son budget est plus volumineux. Il le devient lorsque chaque franc supplémentaire accroît sa capacité à produire des biens publics, à investir durablement et à renforcer ses institutions.
Les chiffres impressionnent : plus de 14.000 milliards pour les dépenses de personnel, 6.600 milliards pour les prestations, 8.500 milliards pour les transferts et interventions, 10.800 milliards pour les équipements et 5.200 milliards pour les constructions et réhabilitations. Mais ces allocations ne garantissent ni la livraison effective des équipements, ni la durabilité des infrastructures, ni l’accessibilité accrue des services publics.
LE DEFICIT INVISIBLE
Sur le papier, le budget 2026 est équilibré. Mais l’équilibre comptable masque un déséquilibre institutionnel. Le véritable déficit congolais réside dans l’écart entre les dépenses publiques et la capacité qu’elles produisent. Une administration financée mais inefficace, une route construite mais vite dégradée, une université budgétisée mais incapable de former les compétences nécessaires : autant de dépenses sans transformation durable.
LE CONGO DE 2037 DOIT ETRE PENSE EN 2027
La préparation du budget 2027 devrait dépasser la logique de répartition annuelle des enveloppes. Il s’agit de définir dès aujourd’hui les fonctions que l’État congolais doit être capable d’exercer dans dix ans, puis de financer méthodiquement cette construction. Cela suppose de supprimer certaines structures redondantes, de réformer des procédures coûteuses et de redéployer les ressources vers ce qui produit une véritable capacité publique.
DEPENSER PLUS OU BATIR LA REPUBLIQUE ?
Le débat politique se concentrera sans doute sur le montant global et la croissance des enveloppes sectorielles. Pourtant, la véritable mesure du budget 2027 sera de savoir si, après son exécution, la RDC aura simplement dépensé davantage ou si elle sera devenue un pays plus capable de construire son avenir par elle-même.
J-P Djoko

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici