Session de mars : l’Assemblée nationale face à son propre défi de crédibilité

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La réunion du Bureau de l’Assemblée nationale, présidée par Aimé Boji Sangara le 4 mars, n’était pas une simple formalité préparatoire à la session ordinaire de mars. Elle a révélé un enjeu plus profond : celui de la crédibilité du Parlement dans un contexte où la population attend des élus qu’ils soient plus qu’un relais institutionnel, mais de véritables gardiens de la bonne gouvernance.

En fixant l’orientation générale des travaux, le président de la Chambre basse a placé le contrôle parlementaire au cœur de la session. Ce choix est lourd de sens. Dans une République où les finances publiques sont souvent perçues comme opaques, où les institutions d’appui à la démocratie peinent à convaincre, et où les citoyens réclament des résultats tangibles, l’Assemblée nationale ne peut plus se contenter d’un rôle décoratif.

Le débat d’orientation budgétaire annoncé, longtemps ignoré malgré son inscription dans la loi, est une avancée majeure. Il pourrait enfin permettre aux députés d’ancrer dans le budget de l’État les attentes réelles de leurs électeurs. Mais il ne suffira pas de l’organiser : il faudra le mener avec rigueur, transparence et courage politique. Car derrière les chiffres, il y a des vies, des écoles sans bancs, des hôpitaux sans médicaments, des routes impraticables.

Aimé Boji a également insisté sur la rationalisation des travaux et le retour effectif des élus après les vacances parlementaires. Ce rappel, presque banal, dit pourtant beaucoup : il souligne la nécessité d’une Assemblée nationale présente, active et disciplinée. Les 80 initiatives législatives enregistrées ne doivent pas rester des projets en attente, mais se transformer en lois utiles et applicables.

La session de mars sera donc un test. Test de la capacité des députés à exercer un contrôle réel sur l’action gouvernementale. Test de leur volonté de faire vivre les institutions d’appui à la démocratie. Test, enfin, de leur aptitude à incarner une représentation nationale digne de ce nom.

Si l’Assemblée nationale échoue, elle renforcera le sentiment de distance entre les citoyens et leurs élus. Si elle réussit, elle pourra commencer à restaurer la confiance et à prouver que le Parlement n’est pas une chambre d’enregistrement, mais un véritable contre-pouvoir.

Jean-Petit Djoko

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