Révision ou non de la Constitution congolaise RDC : Un vieux débat relancé sur la scène politique

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Plusieurs mois après s’être estompé, le débat sur la révision ou la réécriture de la Constitution refait surface en République démocratique du Congo. Cette question, qui avait déjà profondément divisé la classe politique congolaise et la société civile par le passé, revient aujourd’hui au cœur de l’actualité politique.

À l’origine de cette nouvelle polémique : la récente prise de parole de Modeste Bahati Lukwebo, président de la plateforme politique Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A). Le deuxième vice-président du Sénat a ravivé un débat que beaucoup pensaient clos.

Sa sortie médiatique, après une longue période de silence, a suscité de vives réactions. Devant la presse nationale, lors d’un point de presse organisé mercredi dernier au siège de son parti à Kinshasa, l’homme politique s’est exprimé sans détour sur la question constitutionnelle.

« LE PROBLEME N’EST PAS LA CONSTITUTION, MAIS LES HOMMES »

Contrairement à certains membres de la majorité, Modeste Bahati Lukwebo estime que la Constitution actuelle n’est pas la source des difficultés du pays.

« Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes », a-t-il déclaré, prenant ainsi une position qui tranche avec certaines voix au sein de la majorité présidentielle.

Par cette déclaration, le leader de l’AFDC-A contredit notamment l’ancien président de l’Assemblée nationale, Évariste Boshab. Ce dernier avait récemment affirmé que la loi fondamentale congolaise aurait dépassé son cycle de vie, plus de dix-sept ans après son adoption.

Sceptique face à cet argument, Bahati Lukwebo s’est interrogé : « Il ne suffit pas de dire que la Constitution est dépassée 17 ans après. Quelle théorie scientifique soutient cette affirmation ? ».

LA QUESTION SENSIBLE DU MANDAT PRESIDENTIEL

En RDC, le débat sur la révision constitutionnelle est souvent associé à l’article 70 de la Constitution, qui fixe la durée du mandat présidentiel.

 

Selon cette disposition, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois.

Toutefois, certains ténors de la majorité plaident pour une révision de cette disposition, afin d’allonger la durée du mandat présidentiel. Ils estiment qu’un tel changement permettrait au chef de l’État, Félix Tshisekedi, de mener à terme sa vision politique pour le pays.

Un argument que Modeste Bahati Lukwebo refuse d’endosser, malgré son appartenance à la majorité au pouvoir.

« Le président a un mandat jusqu’en 2028. Ensuite, nous l’examinerons. (…) Moi, je reste un républicain », a-t-il déclaré, dénonçant par ailleurs l’hypocrisie de certains responsables politiques vis-à-vis du chef de l’État.

UNE SORTIE QUI PASSE MAL AU SENAT

La position du président de l’AFDC-A n’a pas été bien accueillie par certains de ses collègues au Sénat, membres de l’Union sacrée de la nation (USN).

Le sénateur Pascal Bitika, questeur adjoint du Sénat, s’est rapidement opposé à cette analyse.

Selon lui, une révision constitutionnelle est nécessaire, notamment en raison du contexte politique particulier dans lequel la Constitution actuelle a été élaborée.

« Je considère que la Constitution doit impérativement être révisée. Elle est issue d’un contexte politique particulier, impliquant notamment des acteurs liés à l’ancien régime et certains mouvements de l’Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo, dans le cadre des négociations tenues en Afrique du Sud », a-t-il expliqué devant ses collègues.

Un avis partagé par le sénateur Moïse Ekumbo, pour qui l’évolution constitutionnelle est normale dans toute démocratie.

« Dans toutes les démocraties, une Constitution n’est jamais un texte immuable. Elle évolue avec le temps, afin de s’adapter aux réalités sociales, aux transformations politiques, aux défis économiques et aux enjeux sécuritaires », a-t-il soutenu.

L’UNION SACREE TOUJOURS SANS POSITION OFFICIELLE

Pour l’instant, la position officielle de l’Union sacrée de la nation sur la question de la révision constitutionnelle reste attendue. Jusqu’ici, les différentes réactions au sein de la majorité se font à titre individuel.

De son côté, le secrétaire permanent de cette plateforme politique, André Mbata, avait déjà exprimé son soutien à l’initiative du chef de l’État visant à réexaminer la Constitution, notamment pour préserver l’intégrité territoriale.

« Une Constitution intouchable n’existe nulle part au monde », avait déclaré ce constitutionnaliste lors d’un forum consacré aux vingt ans de la Constitution congolaise.

Avec la prise de position de Modeste Bahati Lukwebo, plusieurs observateurs estiment désormais que l’unanimité au sein de l’Union sacrée autour d’un éventuel projet de révision constitutionnelle est loin d’être acquise.

E.N

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