L’épiscopat congolais ne mâche pas ses mots. Pour la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), le débat ne porte pas sur l’opportunité du recensement, mais sur le risque qu’il serve de prétexte à un report des élections prévues en 2028. Actuellement, la feuille de route 2025-2027 doit s’achever un an avant les scrutins. D’après la CENCO, le recensement de la population prendrait probablement deux ans et demi, dont l’achèvement pourrait coïncider avec l’année électorale.
Ce calendrier alimente les soupçons de « glissement », mais la CENCO reste ferme : le respect du délai constitutionnel n’est pas négociable. Sur l’organisation technique du recensement, Monseigneur Donatien Nshole estime que la balle est dans le camp des politiques : « C’est un terrain de politiciens. Qu’ils organisent cela aujourd’hui ou demain, cela leur revient. Mais nous tenons à une exigence : le respect du délai constitutionnel », a-t-il déclaré.
Pendant ce temps, le gouvernement accélère le dossier. Pour lancer ce chantier colossal, la RDC doit mobiliser près de 200 millions de dollars, dont 35 millions avant décembre 2025 pour les activités prioritaires. Mais la complexité logistique, l’immensité du territoire et l’incertitude budgétaire renforcent les craintes d’un débordement sur la période électorale.
Le climat politique reste tendu. Le député et cadre de l’UDPS Paul Tshilumbu a affirmé qu’aucune élection ne serait organisée tant que la guerre sévit dans l’Est du pays.
Une position vivement critiquée par l’opposition. Un cadre du parti Ensemble pour la République (ER) de Moïse Katumbi a rejeté l’argument de la guerre et du manque de moyens, rappelant qu’aucune déclaration officielle de guerre entre la RDC et le Rwanda n’a été faite.
Avec plus de 100 millions d’habitants estimés, la RDC relance ainsi un chantier vieux de près de 40 ans : le deuxième recensement général de la population, le dernier datant de 1984. Sur instruction du président de la République, la Commission nationale du recensement a récemment rencontré la Première ministre Judith Sumwina, une première depuis 2013, pour accélérer la mise en œuvre de cette action de grande envergure.
J-P E


