Le ministre congolais de la Justice, Guillaume Ngefa Tondoko Andali, a ordonné l’ouverture de poursuites judiciaires contre deux membres du cabinet du ministre des Finances, soupçonnés d’actes de corruption liés au paiement des honoraires des avocats de l’État.
Dans une correspondance adressée au Procureur général, le ministre enjoint l’ouverture d’une action publique contre Trésor Kiala et Yannick Isasi, respectivement chargé d’études et conseiller à la Trésorerie. Les deux responsables sont accusés de faits présumés de « corruption et/ou de concussion », qui auraient entravé le paiement régulier des honoraires dus aux avocats de la République.
Selon le document transmis au parquet, ces pratiques illégales se traduiraient par l’exigence du versement préalable de 15 % du montant global des honoraires avant l’alignement de l’ordre de paiement informatisé (OPI). Des pressions auraient été exercées par des agents se réclamant du circuit financier du ministère des Finances, ainsi que par d’autres personnes encore à identifier.
RESPONSABILITE HIERARCHIQUE ET POLITIQUE
Les faits incriminés concernent directement deux membres de son cabinet (Trésor Kiala et Yannick Isasi). En tant que ministre, il est responsable de la conduite et de la probité de ses collaborateurs. Le fait que des pratiques de corruption se développent dans son entourage immédiat traduit une carence de supervision.
Le texte rappelle que deux correspondances officielles du directeur de cabinet du président Tshisekedi ordonnaient le paiement des honoraires des avocats. Le ministre des Finances n’a pas assuré l’exécution de ces directives, ce qui constitue une défaillance institutionnelle et une atteinte à la chaîne de commandement.
Les pratiques dénoncées ont bloqué le paiement des avocats de l’État, malgré l’existence d’un ordre de paiement informatisé (OPI). Le ministre, garant du bon fonctionnement de son département, a laissé son ministère devenir un obstacle administratif à la justice.
MANQUE DE CONTROLE INTERNE
L’existence d’un système de prélèvement illégal de 15 % avant tout paiement montre que le ministre n’a pas mis en place de mécanismes de contrôle et de transparence efficaces.
Atteinte à la crédibilité de l’État, le scandale éclabousse non seulement son cabinet mais aussi l’image du ministère des Finances. En ne prévenant pas ces dérives, le ministre contribue à affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions publiques.
Pour étayer sa démarche, Guillaume Ngefa Tondoko Andali indique avoir transmis au parquet général un dossier complet de pièces justificatives fournies par le Collectif des Avocats de la République, à l’origine de la dénonciation.
Cette injonction de poursuites s’inscrit dans le cadre des dispositions de l’article 70 de la loi organique d’avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence des juridictions de l’ordre judiciaire. Elle intervient dans un contexte de lutte accrue contre la corruption au sein des institutions publiques en République démocratique du Congo, où le gouvernement affirme vouloir renforcer la transparence et la redevabilité.
Jean-Petit Djoko


