En 2019, alors qu’il était élève en 5ème secondaire à l’école Masamba, Laby Bekange Manassé rencontre Mireille Kabongo, camarade de classe. Une relation amoureuse naît entre eux, mais à la fin de leur parcours scolaire en 2021, leurs chemins se séparent. Lui vit à Limete, elle à Ngaliema, et la pandémie de Covid accentue leur éloignement.
En décembre 2022, après une longue période sans contact, Mireille et sa mère le convoquent dans un restaurant pour lui annoncer une grossesse qu’il refuse de reconnaître sans preuve. Un test de paternité confirme qu’il n’est pas le père. Pourtant, la famille Kabongo, influente dans les hautes sphères politiques – son père étant 2ème vice-président du Parlement et proche du Président de la République – exerce des pressions et des menaces.
Quelques mois plus tard, Mireille est hospitalisée dans un état critique après un avortement. Rapidement, Manassé est accusé de sa mort. Craignant pour sa sécurité, il se cache plusieurs mois à Mbankana. Durant cette période, les services de renseignements lui adressent à plusieurs reprises des convocations, et son absence permet à ces derniers de mettre la main sur son père, qu’ils promettent de libérer si Laby Bekange Manassé se présente. Son père, arrêté par l’ANR, est détenu illégalement, torturé et privé de tout contact avec sa famille. Sa mère et ses frères vivent dans la peur et la précarité, sous surveillance constante.
Depuis 2024, plus aucune nouvelle de Laby Bekange Manassé. Certains affirment qu’il aurait quitté le pays en secret, d’autres craignent qu’il ait été victime des menaces qui pesaient sur lui. Sa famille, privée de repères et sans information fiable, vit dans l’angoisse. Son père est toujours détenu sans procès, et ses proches ignorent si Laby Bekange Manassé est en vie ou mort.
Aujourd’hui, ce silence nourrit l’inquiétude et la douleur. « Nous ne savons pas où il est, ni ce qu’il est devenu », confie un membre de sa famille. Ce témoignage met en lumière les dérives d’un système judiciaire instrumentalisé par les élites politiques, et la fragilité des droits humains en République démocratique du Congo.
J-P Ebonga


