Garantie locative illégale : l’État face à ses responsabilités

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Trouver un logement décent dans la capitale congolaise relève de plus en plus du parcours du combattant. En cause : des exigences financières exorbitantes imposées par certains bailleurs, qui réclament jusqu’à neuf mois de garantie locative, parfois même douze, avant toute remise des clés.
Pourtant, la loi congolaise fixe clairement cette garantie à trois mois maximum. Mais dans la pratique, cette disposition est largement ignorée, plongeant de nombreux locataires dans l’incertitude et l’exclusion.
DES LOCATAIRES PRIS AU PIEGE
À Tshangu comme ailleurs, les témoignages abondent. « Ici, la garantie locative de trois mois n’est pas respectée comme dit la loi », confie un père de famille. Une autre habitante accuse les commissionnaires d’amplifier le système : « Les commissionnaires font partie de ceux qui augmentent les mois de garanties pour leur propre intérêt. »
Résultat : les ménages modestes et moyens se retrouvent pris au piège. Réunir une telle somme signifie souvent s’endetter, renoncer à des besoins essentiels ou accepter un logement précaire, parfois insalubre. Les jeunes travailleurs, les familles nombreuses et les nouveaux arrivants en ville figurent parmi les plus touchés. Pour beaucoup, le logement est devenu un luxe réservé à ceux qui peuvent supporter ces avances exorbitantes.
UNE REGULATION DEFAILLANTE
Face à cette inflation illégale, les bailleurs justifient leurs pratiques par la crainte des loyers impayés, l’instabilité économique ou l’absence de mécanismes efficaces de recouvrement. Mais pour Jean‑Jacques Benamey, président de la Ligue des locataires, la situation est alarmante : « On peut avoir même 200 plaintes, et se rendre au service de l’habitat qui est incapable de trouver une solution. »
Le service de l’Urbanisme reconnaît l’existence de ces abus et promet des sanctions. Son responsable rappelle que l’article 39 de la loi prévoit une peine de trois mois de servitude pénale pour tout bailleur qui exige une garantie supérieure à trois mois. Il encourage les locataires à signaler ces pratiques.
UN ENJEU SOCIAL MAJEUR
Dans un marché locatif déséquilibré, le rapport de force penche largement en faveur des propriétaires. Les observateurs déplorent que le droit à un logement décent dépende désormais de la capacité à avancer près d’une année de loyer. Pour beaucoup, il est urgent que les autorités s’emparent de ce dossier afin de protéger les locataires et rétablir un cadre légal respecté.
Jean-Petit Djoko

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