Femme et justice à Kinshasa : une égalité encore largement théorique

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À Kinshasa, être une femme ne garantit pas un accès égal à la justice. Être une femme pauvre, étudiante ou active dans l’économie informelle le rend encore plus incertain. C’est ce que révèle une enquête exploratoire menée par l’organisation Ius Stella dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre.
Intitulé Besoins juridiques des femmes à Kinshasa, le rapport s’appuie sur les témoignages de deux groupes de femmes largement absents des politiques publiques et des débats sur la réforme de la justice : les étudiantes universitaires et les vendeuses des marchés populaires. Malgré des réalités différentes, l’étude met en lumière un constat commun : le genre et le statut socio-économique demeurent des facteurs déterminants de l’accès effectif aux droits et aux recours.
Entre savoir théorique et impasse pratique
Sur les campus universitaires, de nombreuses étudiantes déclarent être confrontées à des situations de harcèlement, de violences basées sur le genre, d’abus d’autorité ou de violences en ligne. Si certaines affirment connaître leurs droits, très peu savent concrètement vers qui se tourner en cas de violation.
La peur des représailles académiques, la stigmatisation sociale et la méfiance envers les mécanismes existants contribuent à un silence généralisé et à un sous-signalement massif des violences. Pour beaucoup, dénoncer reste un risque plus qu’une solution.
Les vendeuses de marchés face à l’arbitraire
Dans les marchés populaires de la capitale, les vendeuses évoluent dans un environnement tout aussi précaire. Majoritairement actives dans le secteur informel et sans statut légal clair, elles sont exposées à des confiscations arbitraires de marchandises, à des amendes abusives, à des tracasseries quotidiennes et à des violences répétées de la part de certains agents publics.
Pour ces femmes, souvent cheffes de ménage, la perte de marchandises équivaut à une perte immédiate de revenus, plongeant leur foyer dans une insécurité économique brutale. L’absence de recours accessibles et la crainte de représailles renforcent leur vulnérabilité.
Des obstacles communs, des besoins convergents
Malgré la diversité des contextes, l’enquête révèle des mécanismes similaires : rapports de pouvoir déséquilibrés, procédures opaques ou coûteuses, manque d’information juridique et peur constante des conséquences.
Les femmes interrogées expriment des besoins clairs et convergents : une justice de proximité, accessible, humaine et digne de confiance ;une information claire sur leurs droits et les mécanismes de recours ;une protection effective contre les violences et les abus ;un accompagnement juridique gratuit, ancré dans leurs lieux de vie, qu’il s’agisse des universités ou des marchés.
Ces attentes traduisent une revendication forte : ne plus être seules face à l’injustice.
Des recommandations pour transformer les constats en action
Sur la base de ces constats, le rapport formule plusieurs recommandations concrètes, notamment : la création de mécanismes d’aide sur les campus universitaires, offrant écoute, accompagnement juridique, soutien psychologique et dispositifs de signalement sécurisés ; la mise en place de permanences juridiques dans les marchés, afin d’informer les vendeuses, documenter les abus et faciliter l’accès aux recours ; un accompagnement progressif à la formalisation des activités économiques, combiné à des formations en gestion et en droits économiques ; la réalisation d’une enquête de plus grande envergure, pour produire des données représentatives sur les besoins juridiques des femmes à Kinshasa, puis à l’échelle nationale.
Une base pour le plaidoyer et la réforme
Au-delà du constat ;le rapport se veut un outil d’action et de plaidoyer.il constitue une base factuelle pour le dialogue avec les autorités publiques, les universités et les partenaires techniques et financiers.
Il rappelle une réalité essentielle : sans accès réel à la justice, les droits, la sécurité et l’autonomie économique des femmes demeurent profondément fragiles. Tant que le genre et la condition sociale détermineront la capacité à se défendre, l’égalité devant la loi restera un principe plus qu’une réalité.
Micha Kisalasala

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