Entre stabilité sociale et contraintes budgétaires, la RDC mise sur ses fonctionnaires

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Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) prévoit de consacrer une enveloppe record de 5,93 milliards de dollars américains au paiement du personnel public en 2026. Inscrit dans la loi de finances récemment adoptée, ce montant équivaut à 13.248,5 milliards de francs congolais, soit 25 % du budget général de l’État. Il marque une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente, où les charges salariales s’élevaient à 5,42 milliards USD.

Cette progression traduit la volonté de l’exécutif de répondre aux revendications persistantes des agents publics et de consolider la stabilité sociale et administrative. Selon le ministère du Budget, cette enveloppe permettra la mécanisation des nouvelles unités, la prise en charge des agents non encore rémunérés, l’application progressive des grilles barémiques revalorisées et le réajustement des primes permanentes. Elle vise également à honorer les engagements pris avec les syndicats lors des négociations sociales.

Dans un pays où l’administration publique compte plus d’un million d’agents, souvent confrontés à des retards de paiement, cette augmentation est perçue comme une mesure de restauration de la confiance dans l’État. Elle intervient aussi dans un contexte de forte inflation et de dépréciation continue du franc congolais, qui fragilisent le pouvoir d’achat des ménages.

Cependant, cette stratégie budgétaire soulève des interrogations. En augmentant la part des dépenses dites « rigides », elle réduit les marges de manœuvre pour financer les investissements publics nécessaires à la croissance, aux infrastructures et aux services sociaux de base. Les acteurs du secteur privé craignent que cette orientation limite les ressources disponibles pour les incitations fiscales, les subventions aux PME et le développement du capital humain.

Les institutions internationales, quant à elles, s’interrogent sur la soutenabilité de cette politique à moyen terme. Elles appellent à des réformes structurelles dans la gestion des ressources humaines de l’administration publique : identification biométrique des agents, rationalisation des effectifs et meilleure traçabilité des rémunérations.

Pour les ONG et bailleurs de fonds, la question centrale demeure : cette dépense accrue améliorera-t-elle réellement la qualité des services publics ou servira-t-elle à maintenir une administration jugée hypertrophiée et peu performante ?

La loi de finances 2026 illustre ainsi un dilemme majeur : concilier stabilité sociale, pressions syndicales et rigueur budgétaire. Si l’augmentation des charges salariales peut se justifier politiquement, elle impose une vision plus intégrée de la réforme de l’État et de la stratégie de développement national.

À l’heure où la RDC ambitionne d’accroître ses recettes intérieures et d’attirer davantage d’investissements étrangers, la maîtrise des dépenses publiques apparaît comme un levier essentiel pour bâtir une économie résiliente, inclusive et compétitive.

En somme, le budget 2026 place l’humain et la stabilité au cœur des priorités, mais ce choix devra s’accompagner d’un effort soutenu de rationalisation et de transparence pour ne pas compromettre les ambitions de croissance durable du pays.

J-P Djoko

 

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