Défi monétaire : la BCC mise sur les transferts pour enrayer la dollarisation

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La Banque centrale du Congo (BCC) a décidé de s’attaquer à l’un des vecteurs majeurs de la dollarisation de l’économie congolaise : les transferts d’argent. Lors d’une réunion tenue le 16 décembre sous la présidence de son gouverneur André Wameso, l’institution a rappelé aux messageries financières leur obligation de proposer systématiquement l’option en franc congolais, afin de garantir la liberté de choix des clients et de mettre fin à des pratiques qui marginalisent la monnaie nationale.
Selon les données de la BCC, plus de 80 % des transferts domestiques sont effectués en devises étrangères, tandis que les flux internationaux se font quasi exclusivement en dollars. Une situation jugée contraire à l’esprit de la réglementation des changes, qui reconnaît le franc congolais comme seule monnaie légale, tout en autorisant l’usage des devises uniquement sur accord entre les parties.
Au-delà du rappel réglementaire, cette initiative traduit un enjeu macroéconomique central : réduire la pression sur les devises, renforcer les réserves de change et ancrer davantage le franc congolais dans les usages quotidiens. Les transferts d’argent, notamment ceux de la diaspora, constituent en effet un canal majeur de circulation monétaire, dont la domination du dollar entretient une préférence durable pour la devise américaine.
Depuis sa nomination en juillet dernier, André Wameso a fait de la dédollarisation un axe prioritaire de son mandat. L’ancien conseiller économique du président Félix Tshisekedi a déjà dénoncé en octobre les pratiques de certaines banques commerciales accusées d’imposer les transactions en dollars, malgré une liquidité suffisante en franc congolais. La BCC avait alors exigé un approvisionnement régulier en monnaie nationale et annoncé des contrôles renforcés.
Sur le plan monétaire, l’institution a abaissé son taux directeur de 25 % à 17,5 % en octobre, afin de rendre le financement en franc congolais plus attractif et stimuler le crédit domestique. Cette décision, la plus significative depuis 2021, s’inscrit dans un contexte de reflux de l’inflation (sous les 8 %) et d’appréciation du franc congolais sur les marchés officiel et parallèle.
La feuille de route de la BCC repose sur trois piliers : stabiliser le cadre macroéconomique, créer une demande structurelle de franc congolais via des instruments financiers libellés en monnaie nationale, et faciliter son usage dans les paiements du quotidien. C’est sur ce dernier point que la question des transferts d’argent prend toute sa dimension.
La transition reste toutefois semée d’embûches : dépendance aux importations, faiblesse des réserves de change (couvrant à peine trois mois d’importations) et persistance d’un marché parallèle actif. Une dédollarisation trop rapide pourrait fragmenter les prix et accroître la volatilité financière. Mais en ciblant désormais les messageries financières, la BCC franchit une étape supplémentaire dans sa tentative de reconquête monétaire. Reste à savoir si le franc congolais parviendra à s’imposer dans les usages, condition essentielle d’une souveraineté monétaire durable en République démocratique du Congo.
J-P E

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