Bras de fer autour du maintien des élèves enceintes dans les écoles Patrick Muyaya répond à l’église catholique

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La question sur le maintien des élèves filles enceintes dans les écoles en République démocratique du Congo continue à susciter un tollé et à faire réagir l’opinion publique nationale. Cette mesure prise par le ministère de l’Education nationale, afin de protéger les jeunes filles qui sont chassées dans les établissements scolaires en cas de grossesse, a été mal perçue par l’église catholique qui a réagi à travers la Commission de l’église pour l’éducation chrétienne et la coordination des écoles conventionnées catholiques.

Avec plus de 18.000 écoles à son actif, à travers le pays, l’église catholique contribue activement dans l’éducation en RDC. Les écoles catholiques jouissent d’une bonne réputation. Elles sont unanimement appréciées tant pour la qualité des enseignements que pour la rigueur et la discipline dans la formation des apprenants. Mais, son refus à admettre au sein de ses établissements des élèves filles enceintes, pour des raisons de moralité, ne fait pourtant pas l’unanimité.

Pour le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, la position de l’opinion, se réclamant conservatrice des valeurs et refusant la décision du maintien des élèves filles enceintes dans des établissements scolaires, frise tout simplement de l’hypocrisie. « Il faut bien qu’on se regarde dans les yeux et qu’on cesse d’être hypocrites », a-t-il interpellé ceux qui sont contre la décision du ministère de l’Education.

D’après le porte-parole du gouvernement, cette décision du ministère de l’Education ne signifie pas que le gouvernement encourage les élèves filles de tomber enceintes. Car, pense-t-il, une fille qui tombe enceinte tout en étant élève, est le résultat de plusieurs failles qui peuvent provenir de l’encadrement au niveau de la famille, voire de l’école. «Et, il ne faut pas oublier que nous avons une Constitution qui consacre le droit à l’éducation et qu’on ne peut en aucun cas penser exclure une jeune fille parce qu’elle est tombée enceinte ; c’est serait une double punition », a déclaré Patrick Muyaya.

Afin d’étayer son argumentaire, le ministre de la Communication et Médias soutient que les enquêtes des populations EDS révèlent que plus les femmes sont instruites, moins elles tombent enceintes. « (…) parce qu’elles apprennent comment se protéger », a argué Patrick Muyaya.

Discrimination et violation des droits de l’enfant

Patrick Muyaya rappelle que l’exclusion des élèves filles enceintes dans les établissements scolaires vaut une discrimination. « Lorsque vous dites que ces enfants ne doivent pas aller à l’école, vous les discriminez et en faisant ainsi, il y a non seulement notre propre Constitution qui est violée, mais aussi plusieurs conventions dont la RDC est signataire. Il existe une convention des droits de l’enfant qui proscrit toute forme d’exclusion de l’enfant à l’école. », a rappelé le porte-parole du gouvernement.

Il a renchéri ses propos en soulevant la problématique du viol sur mineure dont la conséquence expose la jeune fille à une grossesse non désirée. «Il ne faut pas oublier, parce que si nous partons du postulat qu’une élève est mineure, peut-être qu’elle a été victime, le bourreau est-il où ? On en fait quoi ? », a avancé Patrick Muyaya, avant d’aborder aussi la question de l’évolution des technologies de l’information et de la communication : « je veux bien comprendre les positions idéologiques de l’église, mais ici, il faut faire attention, parce qu’aujourd’hui, à la différence de notre époque où nous n’avions que l’OZRT –ancienne appellation de la Rtnc-  il faut admettre que nos enfants ont accès à une masse d’informations en même temps. Ce n’est pas seulement les réseaux sociaux, mais c’est aussi toutes les chaines avec différents télé-distributeurs que nous avons ».

A bas l’hypocrisie

Le ministre de la Communication et Médias a invité l’église à faire évoluer son regard sur les sujets considérés autrefois comme des tabous.  « Est-ce que nous devons continuer à être conservateur entre guillemets hypocrite et ne pas aller donner une réponse à une problématique sociale qui est vécue. Ce que les enfants ont accès à des informations sexuelles très tôt », a-t-il déclaré tout invitant les écoles à mettre un accent particulier sur ce sujet relatif à l’éducation sexuelle.

« Deuxièmement, on peut briser certains tabous, pourquoi pas en cette phase d’éducation, évidemment en fonction de l’âge des uns et des autres, commencer à leur parler de la contraception qui ne concerne pas que la fille, mais aussi le jeune garçon ; c’est un problème sociétal (…) », a martelé Patrick Muyaya.

Qu’on se le dise, ce bras de fer entre l’église catholique et le gouvernement congolais à propos du maintien ou non des élèves filles enceintes dans les écoles, risque d’être long.

Enock Nseka

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