Il y a quelques jours, le président de la République, Félix Tshisekedi, menaçait de sanctionner tout responsable public qui se rendrait coupable de dérapages. Il n’aura donc fallu que peu de temps pour que la première victime de cette fermeté soit connue. Il s’agit de Fils Mukoko Mudipanu, directeur général adjoint de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), démis de ses fonctions par le gouverneur de la ville de Kinshasa.
Cette décision fait suite aux propos incendiaires tenus par le numéro deux de la RASKIN, qui aurait promis de distribuer des armes à des jeunes afin de s’en prendre aux ressortissants belges et occidentaux.
Dans la foulée, le ministre provincial en charge de l’Environnement a été appelé à faire exécuter cette décision de révocation à l’encontre de Fils Mukoko. À cette occasion, l’autorité urbaine a rappelé que l’exercice d’une fonction publique impose des obligations, notamment de dignité, de discrétion, de responsabilité et de respect des institutions.
Cette révocation intervient alors que les déclarations de ce responsable public suscitaient déjà l’indignation de plusieurs autorités congolaises.
L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONDAMNE LES PROPOS DE FILS MUKOKO
À l’Assemblée nationale, le président de la chambre basse, Aimé Boji, a, au nom de la représentation nationale, fustigé les propos de Fils Mukoko visant les ressortissants occidentaux, les qualifiant d’une exceptionnelle gravité.
« Dans une vidéo devenue virale attribuée à Monsieur Fils Mukoko, des propos d’une violence inouïe ont été tenus. Je le dis sans détour, l’Assemblée nationale rejette et condamne ces propos catégoriquement, sans réserve et sans nuance », a-t-il déclaré au cours d’une séance plénière.
Le président de l’Assemblée nationale a également évoqué l’article 190 de la Constitution, qui interdit l’armement des civils, ainsi que les conventions de Vienne, qui insistent sur la protection des représentations diplomatiques étrangères.
Dans cette perspective, Aimé Boji a salué la réaction immédiate des institutions face à cette affaire.
UNE ENQUÊTE JUDICIAIRE REQUISE
Les propos de Fils Mukoko appelant à la violence contre les ressortissants occidentaux n’ont pas seulement entraîné des conséquences administratives. Ils ont également eu des répercussions sur le plan judiciaire.
Informé de cette affaire, le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a demandé l’ouverture d’une enquête visant le désormais ancien directeur général adjoint de la RASKIN. Il a ainsi instruit le procureur général près la Cour de cassation de diligenter des investigations sur les faits allégués, jugés graves.
Cette enquête pourrait déboucher sur des poursuites judiciaires contre le mis en cause, voire sur son arrestation si les conditions légales sont réunies. Il appartiendra ensuite à la justice de se prononcer sur sa responsabilité au regard des faits qui lui sont reprochés.
FILS MUKOKO DÉSAVOUÉ PAR L’UDPS
Le ciel semble s’assombrir pour l’un des « soldats et défenseurs » de l’UDPS/Tshisekedi. Fils Mukoko, connu pour ses prises de position en faveur du parti présidentiel, se retrouve désormais désavoué par sa propre famille politique.
Face à ces propos jugés inacceptables, la direction du parti s’est désolidarisée de son membre, précisant que celui-ci n’y occuperait aucune fonction officielle.
Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a fait savoir que sa formation politique prône la démocratie et la non-violence. Il a rappelé que son parti avait mené, pendant de nombreuses années, un combat pacifique contre la dictature, les arrestations arbitraires et les persécutions, sans jamais renoncer à son idéal démocratique.
La révocation de Fils Mukoko sonne ainsi comme un avertissement à l’endroit des autres responsables publics qui ne mesurent pas la portée de leurs déclarations, particulièrement lorsqu’elles portent sur des sujets aussi sensibles que les relations diplomatiques.
E.N


