Ce qui devrait être une simple formalité administrative s’apparente, pour de nombreux Congolais, à une véritable épreuve de patience. Files d’attente interminables, bousculades, traitement jugé inéquitable et paiements informels dénoncés à différentes étapes : l’obtention du passeport biométrique continue de susciter frustrations et mécontentement.
Au centre Infinity, situé sur l’avenue de la Libération, dans la commune de la Gombe, l’affluence est déjà importante dès les premières heures de la matinée. Ce site figure parmi les centres désignés pour la capture des données biométriques et le traitement des demandes de passeport.
Peu après 9 heures, des dizaines de personnes patientent devant l’entrée. Sous une tente exiguë ou à même le sol, hommes et femmes attendent leur tour dans des conditions difficiles. D’autres préfèrent rester près du parking voisin pour éviter la promiscuité, tout en guettant l’appel de leur nom.
Sous un soleil accablant, la tension monte rapidement. Plusieurs requérants dénoncent l’accès de certaines personnes arrivées récemment, alors que d’autres attendent depuis des heures. Selon des témoignages recueillis sur place, des appels téléphoniques permettraient parfois de contourner l’ordre d’arrivée.
Cette situation donne régulièrement lieu à des bousculades. À plusieurs reprises, des demandeurs ont tenté de franchir de force le portillon contrôlé par les policiers chargés de filtrer les entrées. Dans la confusion, certains ont réussi à pénétrer dans l’enceinte du centre, tandis que d’autres ont été repoussés.
La cohue peut également avoir des conséquences physiques. Une jeune fille souffrante a été heurtée lors d’un mouvement de foule. Visiblement éprouvée, elle s’est plainte de douleurs avant d’être finalement appelée pour poursuivre sa procédure.
Pour certains usagers, les difficultés se prolongent sur plusieurs jours. Une requérante affirme avoir passé deux journées consécutives au centre sans parvenir à finaliser ses démarches. Cette attente perturbe également sa vie familiale, l’obligeant notamment à préparer les repas tard dans la soirée.
LE POIDS DES PAIEMENTS INFORMELS
Au-delà des difficultés organisationnelles, plusieurs demandeurs dénoncent des paiements informels qui seraient exigés à certaines étapes de la procédure.
Des échanges d’argent entre des requérants et des agents affectés aux opérations de capture ont été observés sur place. Pour les usagers, ces dépenses supplémentaires s’ajoutent aux frais de transport et aux journées de travail perdues.
Alors que le coût officiel du passeport biométrique est présenté comme étant de 75 dollars américains, plusieurs témoignages font état de dépenses nettement supérieures. Certains requérants affirment avoir déboursé jusqu’à 250, voire 300 dollars, en additionnant les frais officieux et les sommes versées à des intermédiaires.
Ces accusations, qui nécessitent des vérifications auprès des services concernés, soulèvent des interrogations sur la transparence de la procédure et le contrôle des pratiques au sein des centres de capture.
LES MÊMES PLAINTES À L’ANR
Les difficultés dénoncées ne se limiteraient pas aux centres de capture. À la direction de l’identification de l’Agence nationale de renseignements (ANR), des requérants évoquent également des lenteurs et des dépenses supplémentaires.
Dans les salles d’attente, certains citoyens se présentent accompagnés de proches pour tenter de faciliter leurs démarches. Un jeune homme affirme ainsi avoir dû verser une partie de l’argent dont il disposait encore afin de faire avancer son dossier.
Face à la lenteur des procédures, des intermédiaires proposent d’accélérer le traitement des demandes contre rémunération. Plusieurs usagers affirment toutefois avoir été victimes d’escroquerie après avoir versé de l’argent à ces facilitateurs, qui cesseraient ensuite de répondre à leurs appels et à leurs messages.
Entre attentes prolongées, désorganisation dénoncée, paiements informels présumés et risques d’escroquerie, l’obtention du passeport biométrique demeure un véritable parcours du combattant pour de nombreux Congolais.
Cette situation relance la nécessité d’améliorer la qualité du service public, de renforcer les mécanismes de contrôle et de garantir un accès transparent et équitable à ce document essentiel à la mobilité internationale.
Jean-Petit Djoko
La rédaction


