Le mot « dialogue » s’impose dans le vocabulaire politique congolais. Il rassure les chancelleries, inspire les Églises et nourrit les débats. Cependant, derrière ce consensus apparent, les fractures s’élargissent.
Dans ce climat, Martin Fayulu, figure de l’opposition, a exhorté les acteurs politiques à faire preuve de bonne foi pour l’intérêt supérieur de la nation.
UNE TABLE BANCALE
« Ils veulent tous la paix. Pourtant, chacun rejette celle de l’autre. Voilà toute la tragédie congolaise », résume un observateur. Autour de la table du dialogue, le décor est en place, mais la table reste bancale. Les positions s’affrontent et les ego s’entrechoquent.
LE POUVOIR FIXE SES LIGNES ROUGES
À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi affiche une main tendue, mais encadre strictement les discussions. Trois conditions sont posées :
-Les assises doivent se tenir sur le sol national.
-Seules les institutions issues des urnes peuvent conduire le processus.
-Aucun groupe armé ne sera admis autour de la table.
Conséquence : pas de M23, ni de Corneille Nangaa, ni de Bertrand Bisimwa. L’ombre de Joseph Kabila plane également sur ces exclusions. Pour le pouvoir, dialoguer avec des rebelles reviendrait à récompenser la violence et fragiliser l’État.
LES ÉGLISES PLAIDENT POUR L’INCLUSIVITE
Face à cette fermeté, les responsables religieux de la CENCO et de l’ECC défendent une approche différente. Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, rappelle que « tout le monde vise la souveraineté et l’unité », mais que l’exclusion de certains acteurs risque d’ancrer durablement les conflits. L’Église du Christ au Congo (ECC) a également partagé ce constat, tout en soulignant que le dialogue ne suffira pas sans justice ni réconciliation.
LA JEUNESSE REFUSE L’INSTRUMENTALISATION
Entre ces deux pôles, la jeunesse congolaise fait entendre sa voix. Dans un communiqué, ses représentants rejettent tout rôle décoratif et réclament une place d’acteurs à part entière. Ils dénoncent les dialogues passés qui ont surtout profité aux élites politiques, laissant la jeunesse avec des promesses non tenues.
Désormais, ils promettent une contribution « patriotique et technique » et appellent leurs pairs, en RDC comme dans la diaspora, à défendre l’intégrité territoriale.
DEUX LEGITIMITES FACE A FACE
Le dilemme reste entier : le pouvoir défend la légitimité des urnes, tandis que les Églises invoquent leur autorité morale. Aucune ne surclasse l’autre. Dans ce contexte, le président angolais João Lourenço tente une médiation depuis Luanda, mais les positions demeurent difficiles à rapprocher.
PENDANT CE TEMPS, L’EST SOUFFRE
Alors que les élites débattent, l’Est du pays continue de souffrir. Les déplacés s’entassent, les écoles ferment, les violences sexuelles augmentent. Le quotidien, lui, ne connaît pas de pause diplomatique.
LES INCONNUES
Le dialogue verra-t-il le jour ? Sera-t-il inclusif ? Les jeunes y participeront-ils réellement ? Autant de questions qui restent ouvertes.
Une certitude s’impose toutefois : lorsque les positions se figent, le vide se remplit trop souvent par les armes.
VT
La rédaction


