Un nouveau bras de fer s’installe entre le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, et les conducteurs de transports en commun, en raison de l’opération de contrôle des documents routiers, notamment le permis de conduire, la vignette, le contrôle technique et l’assurance.
Ce bras de fer n’est pas nouveau. Par le passé, des situations similaires ont souvent opposé les autorités urbaines aux transporteurs, avec une issue généralement favorable à ces derniers, qui parvenaient à faire infléchir les décisions officielles.
Le principal moyen de pression des conducteurs demeure la grève, généralement limitée à une journée. Mais même de courte durée, ce mouvement de boycott affecte fortement la mobilité des Kinois, surtout en jour ouvrable. « Le matin, quelques bus ont circulé entre 5h et 7h avant de disparaître. Beaucoup de personnes ont dû se déplacer à pied », témoigne une passante rencontrée par Vraie Thématique.
Sur plusieurs artères de la capitale, les agents commis à cette opération par l’Hôtel de ville se font discrets. « Comment voulez-vous que ces agents sortent dans un tel climat de boycott ? Ce serait jeter de l’huile sur le feu », estime une observatrice. Pourtant, la veille, des images largement relayées sur les réseaux sociaux montraient des agents en tenue, équipés et prêts à faire appliquer les mesures arrêtées par les autorités urbaines.
Selon le gouverneur Daniel Bumba, près de 3 000 agents devraient être déployés sur l’ensemble des artères de Kinshasa dans le cadre de cette opération de contrôle routier. Il avait, à cet effet, mis en garde les contrevenants contre des sanctions sévères, pouvant aller jusqu’à la mise en fourrière des véhicules.
Malgré la grève, quelques conducteurs de transports en commun ont bravé le mot d’ordre et poursuivent leurs activités. « On nous demande trop de documents à la fois », déplore un receveur – chargé de la perception des frais de transport -, tout en reconnaissant ne pas disposer de l’ensemble des pièces exigées.
DES OPINIONS DIVISEES
L’opération de contrôle des documents routiers suscite une fois de plus un vif débat au sein de l’opinion publique. Pour certains observateurs, le moment choisi par les autorités est inopportun et expose les usagers à une pénurie de moyens de transport. Ils soulignent les conséquences directes sur la vie quotidienne : retards ou absences au travail et à l’école, sources d’incompréhensions entre employeurs et employés.
Sans rejeter totalement la décision de l’autorité urbaine, ces derniers estiment que l’État devrait renforcer sa présence dans le secteur des transports, afin de mieux encadrer les opérateurs privés, dont les mouvements de grève pénalisent avant tout les usagers.
À l’inverse, d’autres estiment que l’heure n’est plus au report. Pour eux, il n’existe jamais de moment idéal et ce contrôle s’impose pour mettre fin à l’anarchie qui gangrène le secteur des transports urbains. Ils espèrent également que cette opération contribuera, à terme, à réduire les embouteillages chroniques de la capitale.
Reste une question centrale : Daniel Bumba tiendra-t-il face à la pression des conducteurs ou finira-t-il par céder, à l’instar de ses prédécesseurs ?
E.N


