Le nouveau passeport biométrique et le permis de conduire moderne, censés incarner la modernisation administrative de la République démocratique du Congo, se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une polémique. Plusieurs banques commerciales refusent de les reconnaître comme pièces suffisantes d’identification, au motif qu’ils ne comportent pas d’adresse domiciliaire.
Cette situation crée un paradoxe inquiétant : dans un pays de plus de 100 millions d’habitants, les documents censés garantir la sécurité et la traçabilité des citoyens ne permettent pas l’accès aux services bancaires. Résultat : la carte d’électeur – conçue initialement pour voter – reste la pièce la plus acceptée pour ouvrir un compte. Or, cette carte est vulnérable à l’usure et à la falsification, fragilisant ainsi la confiance documentaire.
Les questions soulevées sont lourdes de conséquences : comment un État moderne peut-il produire des documents biométriques sophistiqués mais incapables de répondre aux exigences élémentaires de traçabilité administrative ? Comment expliquer qu’un passeport reconnu à l’international soit insuffisant pour identifier pleinement un citoyen dans son propre pays ?
Au-delà des banques, c’est toute la philosophie de l’État qui est mise en cause. La CENI identifie l’électeur, les services migratoires délivrent un passeport sans adresse, les banques inventent leurs propres systèmes de vérification, et l’administration publique évolue dans une fragmentation documentaire préoccupante.
Les conséquences pour le citoyen ordinaire sont multiples : ouverture difficile de comptes bancaires, blocages administratifs, suspicion permanente sur les identités, exclusion financière silencieuse et multiplication des tracasseries. Pendant ce temps, les discours sur la numérisation et la gouvernance électronique se multiplient, mais sans base solide.
Un État numérique commence par une identité nationale crédible, sécurisée et uniforme. La RDC ne peut continuer à fonctionner avec une citoyenneté éclatée où la carte d’électeur supplée l’absence de carte nationale d’identité depuis des décennies. L’identité n’est pas un simple document : elle est la base de la souveraineté, de la sécurité, du système bancaire, de la fiscalité, de la lutte contre la fraude et de la confiance entre l’État et le citoyen.
Il est urgent de lancer un chantier national de refondation de l’identité civile en RDC. Car un pays où les banques doutent des documents officiels finit par fragiliser la confiance dans l’État lui-même.
Jean-Petit Djoko
La rédaction


