Privé contre public : l’impôt à deux vitesses en RDC

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En République démocratique du Congo, un constat s’impose : les salariés du secteur privé paient beaucoup plus d’impôts que leurs homologues du secteur public. Une situation qui relance un débat essentiel : tous les travailleurs contribuent-ils réellement de la même manière au financement de l’État ?

UN SYSTEME FISCAL ASYMETRIQUE

L’impôt professionnel sur les revenus (IPR) est censé s’appliquer à tous les salariés, qu’ils soient du privé ou du public. Mais dans la pratique, l’écart est frappant.

Dans le privé, les entreprises retiennent l’IPR directement sur les fiches de paie et le reversent au fisc. Les contrôles sont réguliers et les taux progressifs peuvent atteindre 30 %. Résultat : le secteur privé assure à lui seul 89,5 % des recettes de l’IPR.

Dans le public, les règles sont beaucoup plus souples. Les taux appliqués sont souvent fixes (3 % ou 15 %) et ne couvrent pas toutes les rémunérations. Primes, indemnités et avantages échappent parfois au système de paie classique, réduisant le taux effectif d’imposition à environ 3,4 %, voire moins.

DES CHIFFRES QUI PARLENT

En 2024, sur 2 935 milliards CDF d’IPR encaissés, 89,5 % provenaient du privé contre seulement 10,5 % du public. Les membres des institutions politiques, censés contribuer à hauteur de 413 milliards CDF, n’ont versé que 120 milliards, soit 29 % des prévisions. À l’inverse, le privé a dépassé ses objectifs, atteignant 123 % des recettes attendues.

Le projet de loi de finances 2026 accentue encore cette pression : l’État prévoit 872 milliards CDF supplémentaires à mobiliser sur les salariés du privé, contre seulement 64 milliards sur les agents publics.

UNE INJUSTICE RESSENTIE

Pour les salariés du privé, cette différence est vécue comme une injustice. Leur salaire est amputé chaque mois sur l’ensemble des revenus perçus, tandis que certains agents publics semblent moins imposés, malgré des rémunérations conséquentes. Ce déséquilibre fragilise la confiance dans le système fiscal et nourrit un sentiment d’inégalité.

DES PISTES DE REFORME

Pour rétablir l’équilibre, plusieurs solutions techniques sont avancées :

harmoniser les taux d’imposition entre public et privé ; généraliser une fiche de paie complète et normalisée pour tous les agents publics ; rendre systématique la retenue à la source sur toutes les rémunérations versées par l’État ; imposer la déclaration annuelle des revenus pour renforcer la transparence.

Selon les estimations, une meilleure application des règles existantes pourrait rapporter plus de 600 milliards CDF supplémentaires par an, sans créer de nouveaux impôts.

AU-DELA DES CHIFFRES : LA CONFIANCE

La justice fiscale ne se limite pas aux recettes. Elle touche à la relation entre l’État et ses citoyens. Quand les règles sont appliquées de manière uniforme, la confiance grandit. Mais quand certains portent l’essentiel de la charge et que d’autres semblent épargnés, le lien se fragilise.

Rapprocher le traitement fiscal du public et du privé ne revient pas à opposer les deux secteurs. C’est une manière de renforcer l’État, de sécuriser ses recettes et de montrer que la loi s’applique à tous. Une condition indispensable pour que l’impôt soit accepté comme un effort partagé au service du développement national.

Jean-Petit Djoko

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